Depuis la chute du régime syrien et le départ en Russie de Bachar al-Assad pressé par les rebelles du HTC il semblerait que le gouvernement intérimaire conduit par al-Chaara se trouve face à de multiples opérations de pillages et représailles en diverses parties du pays.

Menaces envers les chrétiens

L’histoire semble se répéter au nord de Damas dans la ville millénaire de Maaloula et sur les contreforts du Liban. Un exode massif frappe la zone historique et millénaire de Maaloula où meurtres, expulsions, passages à tabac et vols sont menés depuis quelques jours par les combattants du HTC.

Pareil scénario s’était déjà déroulé en septembre 2013 avec les islamistes d’Al Nosra qui avaient tué une trentaine d’habitants et pillé les maisons. Dans de pareilles incursions ils avaient enlevé une douzaine de religieuses, mené un véritable massacre archéologique en profanant et détruisant des lieux saints ainsi que des icônes du Vème siècle dans le monastère melkite de la ville.

Lors de la chute du régime al-Assad de décembre les policiers locaux de cette région à forte communauté chrétienne mais également musulmane avaient rapidement fui. Ils ont laissé la population sous la seule garde du prêtre qui sonnait les cloches pour alerter ses ouailles sur un danger imminent. La Syrie fait face à une transition incertaine et des défis majeurs.

Le nouveau régime du HTC

Arrivé en triomphe dans la mosquée des Omeyyades de Damas le 8 décembre al-Chaara s’est donc institué comme le nouveau chef de gouvernement intérimaire en Syrie.

Faut-il rappeler que sa tête avait été mise à prix par l’administration américaine à hauteur de 10 millions de $ au titre que le groupe islamiste radical Hayat Tahrir al-Cham / HTC était une organisation terroriste.

Le jour même et après 12 jours de progression en Syrie ce n’est pas le HTC que l’aviation américaine va cibler dans le désert syrien mais plutôt les djihadistes de Daech, pourtant issus du même rang. 

Selon les propres déclarations de ce nouveau maître de la Syrie et à la faveur de la révolution anti Assad il aurait pris ses distances avec la nébuleuse djihadiste. De plus dans un souci de respectabilité internationale il aurait aussi rompu avec Al-Qaida.

Avec un nouveau discours très lissé il mènerait actuellement la chasse aux combattants de Daech au service des occidentaux. Il se dit également ouvert à la diversité religieuse et aux minorités.

Il ne faut pas écarter que le label islamique d’al-Chaara le rend aussi suspect à une grande majorité de syriens. Une vague d’indignation s’est aussi emparée des syriens à la suite des déclarations de la directrice des affaires féminines, Aisha al-Debs qui entend imposer des lois strictes à l’égard des femmes.

Quel avenir !

L’équilibre général reste donc complexe alors qu’une grande partie de la Syrie échappe encore à la coalition HTC et que de nombreux groupes armés mènent des sièges de la population.

Les Kurdes syriens restent massés au nord, surveillés étroitement par l’armée turque, les kurdos-arabes dominent à l’est avec le soutien américain. Erdogan cherche aussi à faire expulser les 3 ou 4 millions de réfugiés syriens encore présents sur son sol,

Toutes ces tensions si elles ne sont pas résorbées rapidement vont impacter la rédaction de la future constitution (objectif mars 2025) et le caractère démocratique et participatif qu’entend y donner son leader.

L’économie est exsangue avec un quart des syriens qui a fui à l’extérieur du pays avec de nombreux diplômés. La production de pétrole a chuté de moitié. Les réserves en devises sont épuisées et le cours de la livre a lourdement chuté de 2500 à 13.000 livres / dollar US

Comment la nouvelle coalition va-t-elle contrôler, gouverner et surtout reconstruire le pays, dernier point sur lequel ne s’est jamais penché al-Assad et qui aura précipité sa chute ? 

Les contours restent donc encore très vagues mais les récentes déclarations d’al-Chaara attestent bien qu’il entend mettre en perspective les intérêts stratégiques qui lient la Syrie à la Russie tout comme à l’Iran. 

Quoiqu’il en soit à ce stade le manque de structuration de la vie politique donne un net avantage aux groupes armés dispersés dans le pays.